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Pas quétaine ce Musée Eden

Hugo Dumas

La Presse

24 février 2010

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Musée Eden, qui ouvre ses portes le mardi 16 mars à 21 h, marque le grand retour de la série historique sur les ondes de Radio-Canada. Et l’attente n’aura pas été vaine: ce haletant thriller campé dans la ville de Montréal de 1910, salie par le charbon, la débauche et la corruption, laisse entrevoir de la sacrée bonne télé. Du moins, c’est ce qui se dégage des deux premiers épisodes (sur neuf) que nous avons dévorés hier.

La première heure siffle comme une balle de revolver. Dans les premières secondes, un meurtre crapuleux, celui de Félix Courval, propriétaire du musée de cire Eden, qui se spécialise dans la reconstitution de crimes violents. Fraîchement débarquée de Saint-Boniface, la nièce de Félix, Camille Courval, 25 ans, jouée par Mariloup Wolfe, hérite de la totalité de ses biens, dont le musée glauque et décati. Le hic? Félix Courval a modifié son testament trois jours avant d’être battu et étranglé. Qui lui voulait autant de mal?

Déterminée, Camille rouvre le célèbre musée Eden – qui a vraiment existé, dans le sous-sol du Monument national – avec sa jeune soeur naïve et inexpérimentée Florence (Laurence Leboeuf), âgée de 21 ans. Ici, je ne peux malheureusement élaborer sur les intrigues, question de ne pas bousiller votre plaisir à découvrir l’identité de l’assassin, ainsi que tous les secrets qui serpentent entre les mannequins ensanglantés de ce musée Eden baignant dans legore.

Oui, certaines scènes de Musée Eden sont crues, violentes et difficiles à supporter. Rien à voir avec le romantisme distillé par lesFilles de Caleb ou Nos étés. Tournée en inquiétantes teintes de sépia, Musée Eden nous entraîne dans les bas-fonds de Montréal, dans ses barbottes, bordels, fumeries d’opium et ruelles sales. Chacune des heures débute toujours par un meurtre, que les soeurs Courval essaient d’éclaircir avec l’aide du Dr Edmond Boyer (Paul Doucet) et de l’as-journaliste des affaires criminelles Étienne Monestier (Éric Bruneau), un reporter frondeur et idéaliste inspiré de Jules Fournier et Olivar Asselin.

Il ne parle pratiquement pas dans les 60 premières minutes, mais le personnage d’inspecteur de police corrompu, suant et grossier de Guy Nadon annonce de jolies choses. On le déteste déjà.Musée Eden ramène aussi au petit écran des acteurs que l’on a moins vus comme Jacques L’Heureux (le notaire Bellemare), Gaston Lepage (Me Gustave Filion), Suzanne Champagne (Mme Laporte) et Vincent-Guillaume Otis, le célèbre Babine de Luc Picard.

L’auteur Gilles Desjrdins (Des crimes et des hommes) a tricoté très serrées les intrigues de sonMusée Eden, un peu à la Agatha Christie, et y a incorporé un côté plus doux, notamment pour toute la portion des émois amoureux des soeurs Courval. Visuellement, grâce au réalisateur Alain DesRochers (Les BougonNos étés) c’est superbe, avec la déferlante de magnifiques chapeaux à plumes et de costumes d’époque flamboyants.

Parmi les autres personnages à surveiller, gardez un oeil sur le bourreau, qui tissera un étrange lien avec la délicate Camille, ainsi que sur Jean-Nicolas Verreault, qui joue dans un registre où on l’a rarement vu évoluer. Je n’en dis pas plus.

De gros sous

À 956 000 $ l’heure, Musée Eden décroche le titre de l’émission la plus coûteuse de Radio-Canada. Et pour éponger ces énormes frais, la SRC a étalé la diffusion de cette série de qualité sur deux années fiscales distinctes. Voilà, en partie, pourquoi elle démarre aussi tard dans la saison. Les trois premières tranches de Musée Eden entreront dans le budget actuel et les six dernières, présentées après le 31 mars, se classeront dans les dépenses de l’an prochain.

«C’est une économie de production, mais tout un déploiement d’imagination», constate le directeur des dramatiques de la SRC, André Béraud. Selon Louise Lantagne, directrice de la télé française de Radio-Canada, «mars et avril, c’est une période hot en télévision. Nous n’abandonnons pas notre public. L’hiver au Québec finit rarement avant le début mai».


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