Chronique tété de Roxanne Tremblay
7 jours
23-02-2010
Lors du visionnement de presse de Musée Eden, qui prend l’antenne à compter du mardi 16 mars, à 21 h, sur les ondes de Radio-Canada, avant même avoir vu les premières images, nous pouvions déjà savoir que ce que nous allions regarder serait d’une très grande qualité.
Ce thriller historique, aux images magnifiques, aux textes savoureux et touffus d’intrigues, est du calibre des séries internationales et mérite une note parfaite. Surtout lorsque nous savons que la série a été produite avec un maigre budget de 976 000 $ par épisode et qu’une grande partie du porte-monnaie est investie dans les décors et les costumes d’époque.
Réalisée avec finesse par le cinéaste Alain DesRochers et écrite par le scénariste et documentariste Gilles Desjardins, la série nous plonge dans l’univers du Montréal de 1910. Une ville effervescente où l’arrivée de l’électricité et autres inventions de la Modernité laissaient place à une grande vitalité et un dynamisme, qui pourraient nous rendre jaloux, cent ans plus tard.
Nous sommes loin ici des sagas campagnardes du style (aussi appréciable) de Maria Chapdelaine ou de Nos étés (d’ailleurs Alain DesRochers a réalisé quelques segments de la série). Même si l’époque dépeinte démontre combien les hommes avaient du pouvoir, que les riches étaient anglophones, que l’on préférait mourir plutôt qu’avouer être homosexuel et que l’on gardait sous silence certains drames familiaux, il y a une fraîcheur amusante qui jaillit de ce projet d’envergure.
Pour écrire cette série de neuf épisodes d’une heure, Gilles Desjardins a fouillé dans les archives judiciaires de la province pour s’inspirer de cas véridiques. Très près de la réalité, nous pourrons ainsi nous remémorer et revoir les meurtres qui ont défrayé la chronique de l’époque.
Et ce ne sont pas seulement les intrigues qui sont calquées de la réalité. Le musée Eden, étrange lieu où l’on met en scène les pires meurtres grâce à des statues de cire, a lui aussi bel et bien existé. «Le musée Eden a réellement existé (de 1891 à 1940), et c’est un certain dénommé Mathurin qui en était propriétaire. Ce sont ses deux filles qui en ont hérité en 1910 et elles s’en sont occupées pendant 30 ans. C’est sous leur direction que le musée a connu ses plus belles années», explique Gilles Desjardins qui souhaite voir cette série devenir une trilogie pour laquelle il a déjà imaginé une suite survolant les années 1910 à 1914.
Le premier épisode débute avec le meurtre de son propriétaire Félix Courval, qui, étrangement, a nommé comme héritière quelques jours avant sa mort, sa nièce Camille, originaire du Manitoba francophone. Joué par Mariloup Wolfe, ce personnage riche et complexe est la première carte de visite de la comédienne dans une série autre que pour les jeunes. Certes nous avons déjà eu l’occasion de la voir brièvement dans C.A. mais c’est vraiment dans Musée Eden qu’elle évolue dans un autre registre.
Camille et sa sœur cadette, la naïve Florence (interprétée par Laurence Leboeuf), reprendront l’affaire même si on leur suggère fortement de s’en défaire. Bien que certains juristes, politiciens, hommes d’affaires et un inspecteur crapuleux du quartier leurs font la vie dure, Florence, la plus solide des deux soeurs, leur tiendra tête malgré les menaces.
Les trois premiers épisodes traitent d’une série de meurtres entourant l’oncle Courval et par la suite, les six autres épisodes se penchent sur d’autres cas. On nous promet une finale qui suggère une suite. Cependant, aucune confirmation en ce sens de la part de la direction de Radio-Canada, qui attend les réponses du Fonds des médias à la mi-mars.
Hormis cette trame un peu glauque et macabre, l’intérêt premier de la série réside dans les personnages uniques en leur genre. Parmi les alliés de Florence et de Camille, on trouve un artiste sympathique, un journaliste vraiment curieux, étonnement un bourreau de la couronne, un notaire et un médecin légiste. Vincent-Guillaume Otis, Éric Bruneau, Paul Dion, Jacques L’heureux et Paul Doucet campent respectivement l’entourage des sœurs Courval. Avis à tous: sans vous donner trop de détails, vous adorerez détester Guy Nadon et Jean-Nicolas Verreault qui nous offrent une excellente performance d’acteurs.
Grâce à des prouesses économiques, la Société d’État a étalé le budget de la production sur deux saisons budgétaires, c’est pour cette raison qu’on la présente dès le 16 mars, quelques semaines avant que ne débute la grille printemps-été. Autre fait intéressant, il serait davantage bénéfique pour les annonceurs d’investir dans la grille printanière plutôt qu’au mois de janvier, et ce malgré les excellentes parts de marché. La raison? Les téléspectateurs sont plus frileux côté dépense après la période du temps des Fêtes. Ah bon.
La série Musée Eden, dès le mardi 16 mars à 21 h sur les ondes de Radio-Canada
